Conférence : 400 ans de croyances en Amérique du nord

Lauric Guillaud, de l’Université d’Angers, intervient pour nous parler de « Quatre cents ans de croyances en Amérique de Nord ». Il commence évidemment par remarquer avec humour qu’il lui sera impossible de tenir la gageure du titre…

Il y a des tendances très fortes dans les croyances américaines, qu’on retrouve encore aujourd’hui, malgré une crise.

Il sera uniquement question des Etats Unis d’Amérique, non du Canada.

L’histoire du continent américain relève du mythe. Il y a un mythe de la destinée manifeste du continent américain.

Pourquoi des sectes délirantes poussent-elles sur ce continent, sous la forme de conviction intime, de vérité nationale. Les Américains partagent la foi en un ordre divin. C’est déconcertant pour bien des Européens.

Si Dieu nationalise l’Amérique, l’Amérique nationalise Dieu. « Nous devons toujours penser que nous sommes une cité sur une colline, de telle sorte que les yeux du monde sont sur nous » (John Winthrop, 1630). Certitude d’être un peuple élu et névrose de l’échec : le mythe révèle que ce peuple élu a peur de l’opprobre. Malheur à celui qui profane la terre sacrée de la morale.

Aujourd’hui, omniprésence de la croyance. Les hommes politiques prient en public, 9 personnes sur 10 proclame leur foi.

Cette foi relève-t-elle du délire ?

L’Amérique doit être étudiée comme une terre des possibles. l’Amérique est la fille des croyances, d’abord celle des missionnaires, puis celle des puritains. Elle ne devrait rien au hasard, mais tout à la Providence.

La maçonnerie contribue à y produire, par son rituel égalitaire, une République non plus fondée sur la théologie, mais déiste. Se produit l’avènement d’une religion civile.

Le 19ème siècle sera le siècle du grand changement. C’est un second réveil : unification évangélique, donnant l’illusion aux Américains de l’exercice d’une utopique liberté. Le socialisme américain connaît une existence chaotique mais marquante. Troisième grand réveil, fin 19ème siècle, l’Amérique rencontre le souffle oriental (avec Emerson, Thoreau). C’est l’apogée de la longue quête du nouvel Eden entreprise par les Occidentaux.

L’Amérique est toutefois obsédée par le fantasme du complot.

L’Amérique est un lieu de paradoxes : caractère séculier du religieux, l’aspect politique de nombreuses sectes.

Wounded Knee 1890 : massacre d’une population par une escouade d’une armée américaine. C’est la fin d’une Amérique, et le début d’une autre.

La droite chrétienne veut aujourd’hui rétablir le créationnisme contre l’évolutionnisme.

Le rêve fondateur s’étiole. Les Américains se sentent encore investis d’une mission spirituelle. Le rêve américain, surgi d’une vision religieuse, se réfère encore à une Providence.


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