XIIIème édition
des Imaginales Maçonniques
& Esotériques d'Epinal du 29 au 31Mai 2026
[De]Main en Mains
des Imaginales Maçonniques & Esotériques d'Epinal du 29 au 31Mai 2026
[De]Main en Mains
Jacques Oréfice
Président – Fondateur des Imaginales Maçonniques & Esotériques d’Epinal
« Passer la main »
En 2013, naissaient l’association « Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal » à la suite du 150ème anniversaire de la Loge « La Fraternité Vosgienne », loge du Grand Orient de France installée à Épinal en 1862.
Cette association est née de la volonté commune des organisateurs et de Michel Heinrich, alors maire d’Épinal, de poursuivre les actions initiées par cette commémoration en articulant ses activités sur le festival les Imaginales d’Épinal qui, depuis 2001, était devenu et reste le premier festival des littératures de l’imaginaire en France attirant 40 000 visiteurs par an.
Cette articulation a permis de pérenniser une expression originale fondée à la fois sur la Construction sous toutes ses formes et sur l’Ésotérisme au sens premier : la Construction étant le principe primordial de toute organisation et l’Ésotérisme, la recherche de tout ce qui n’est pas apparent.
Cette année est ainsi celle de la treizième édition qui se tiendra comme les douze précédentes lors des Imaginales d’Épinal au Temple Maçonnique de la ville. Elles ont amené plus d’une centaine d’intervenants d’horizons très divers, ce qui a permis de multiplier les approches et de révéler des aspects cachés ou ignorés sur des thèmes éclectiques.
Plus de 10 000 auditeurs se sont rendus au Temple au cours de ces douze éditions, qui ont donné lieu à l’attribution d’un prix littéraire spécifique, le « Prix Cadet Roussel des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal » dont les 14 lauréats furent faits membres d’honneur de l’association comme tous les intervenants
Les membres de l’association (plus de 50 au 1er janvier 2026) peuvent être fiers de la pérennité du projet initial ainsi parvenu à sa 13ème année d’existence. Les douze éditions précédentes ont constitué un cycle identique à celui des douze mois de l’année. C’est dans cet esprit d’un cycle achevé que j’ai décidé de ne pas solliciter le renouvellement de la fonction de co-président de l’Association mais en en restant membre actif.
Le thème choisi en 2026 est « [De]Main en Mains ».
La main de l’être humain est prodigieuse et son histoire est infinie, de la préhistoire à demain.
Il y a des dizaines de milliers d’années, dans la pénombre des grottes, un être humain posa sa main contre la pierre. Puis, avec de l’ocre rouge, il en dessina le contour et lorsqu’il retira sa paume, il resta une trace : une main. La première main, une main de première main. Elle est la signature originelle de l’humanité, le premier geste de la conscience.
Une main offerte au regard des autres, une main qui disait simplement :« Je suis là. » « J’étais là. » Ce geste premier, retrouvé dans de nombreuses grottes, représente toutes les mains de la préhistoire, des mains qui n’ont cessé d’agir, de créer, de transmettre.
Tous les gestes de toutes les mains ne sont que des répétitions de ces premières mains capables de tours de mains répétés à l’infini.
Les mains les plus célèbres de l’Antiquité qui suivirent les mains pariétales sont les mains mythologiques du roi Midas à qui Dionysos accorda le pouvoir de transformer tout ce qu’il touchait en or.
- D’où une question : comment se fier à un dieu de tous les excès et de la perte de toutes les limites ?
- D’où une leçon : une main qui veut posséder perd tout contact avec la vie.
- D’où des réponses qui appartiennent à chacun d’entre nous !
Puis survient Aristote qui disait que « La main est l’instrument des instruments » en tant que prolongement intelligent de l’homme signant sa capacité à transformer le monde.
En 1511, Michel Ange termine la fresque « La Création d’Adam » de la chapelle Sixtine dans laquelle l’index de Dieu rejoignant celui d’Adam qu’il ne touche pas, donne vie à l’Homme et réciproquement, avec toutes les conséquences visibles et invisibles que cette création réciproque induit.
Avec Adam Smith, le philosophe et économiste écossais des Lumières, la main devient invisible selon la formule « led by an invisible hand ». Ceci indique que chacun agit d’abord par intérêt personnel mais aussi que la main invisible s’étend aux systèmes, aux réseaux, à l’économie avec des mécanismes impersonnels et des forces sans visage.
Et encore aujourd’hui, ce sont des mains invisibles qui circulent d’écran en écran, prolongeant nos gestes dans un monde devenu numérique. Elles construisent ou elles défont, elles relient ou elles séparent, elles transmettent ou elles effacent.
Ces mains anonymes portent toujours, à la fois, une mémoire et une responsabilité.
Il faut rappeler ici Charles Péguy qui disait de Kant « qu’il avait les mains pures mais qu’il n’avait pas de mains » indiquant ainsi que l’action était au risque de se salir les mains. Idée que reprendra Sartre lorsqu’il écrivit « Les mains sales ». La main anonyme mesure toute la difficulté de l’engagement humain.
Pendant douze années, nous avons, ensemble, mis nos mains à l’ouvrage. Des mains diverses, venues d’horizons différents, mais réunies par une même volonté : faire œuvre commune.
Il y eut des mains hésitantes, parfois, face à la complexité du monde, aux oppositions des hommes et des institutions et à leurs contradictions internes.
Il y eut des mains fatiguées aussi, quand l’effort semblait plus lourd que prévu.
Il y eut des mains coupées qu’il est inutile de citer.
Mais il y eut surtout des mains engagées, des mains fidèles, des mains obstinées. Je n’en citerais que trois, car passés à l’Orient éternel, les vice-présidents chargés, l’un de l’informatique Jean-Claude Gérardot et l’autre des prix littéraires, Jacky Martin et un membre actif, éminent lauréat à deux reprises du Prix Cadet Roussel, Georges Bertin.
Des mains qui ont su construire, patienter, écouter, et transmettre. Car rien de ce qui a été fait ici n’est l’œuvre d’une seule main. C’est toujours – et profondément – une histoire de mains réunies et une aventure humaine dans toute sa singularité et dans toute sa complexité.
Et si quelque chose demeure aujourd’hui, ce n’est pas seulement ce que nous avons réalisé, mais ce que nous avons su faire circuler : une exigence, une attention, un être-ensemble.
Le temps est venu pour moi de passer la main.
Un geste simple, en apparence. Mais un geste essentiel. Car passer la main, ce n’est pas s’effacer, ce n’est pas abandonner.
- C’est reconnaître que ce qui a été construit ne nous appartient jamais totalement.
- C’est accepter que l’œuvre continue autrement, par d’autres gestes, par d’autres mains.
- C’est, au fond, un acte de confiance :
- Confiance dans celles et ceux qui prennent aujourd’hui le relais.
- Confiance dans leur capacité à poursuivre, à transformer, à inventer.
Car ce qui se donne de main en mains ne se perd pas mais se prolonge demain.
Alors, au moment de passer la main, et De main en mains, aller vers demain, je voudrais simplement formuler un vœu.
Que les mains qui continueront demain soient des mains conscientes de la trace qu’elles laisseront, attentives à la dignité de chacun, et fidèles à ce qui nous relie.
Que ces mains sachent, dans un monde parfois fragmenté, choisir de construire plutôt que d’opposer, de transmettre plutôt que de retenir, de relier plutôt que de séparer.
Car depuis la première empreinte sur la pierre jusqu’aux gestes d’aujourd’hui, la même responsabilité nous incombe, à savoir de répondre à la question : Quelles mains pour demain ?
Pour ma part, je passe la main aux mains présentes et à venir, serein, avec reconnaissance, avec confiance, et avec l’espérance profonde que, de main en mains, se poursuive cette recherche de sens commun qui constitue notre humanisme dans un dialogue en constant renouvellement.
Jacques Oréfice, ce 25-04-26
Président – Fondateur de l’Association
« Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal »
