Conférence : Les frôlements infinis du monde

Richard Rognet est l’un des poètes fétiches de la maison Gallimard. Il lui est revenu au temple maçonnique d’Epinal d’ouvrir avec bonheur la 6ème édition des IM&E, en un dialogue avec Claude Vautrin autour de son dernier ouvrage paru au printemps dans la collection poésie/Gallimard sous le titre Les frôlements infinis du monde. Ouvrage d’ailleurs primé aux Imaginales 2018, en se voyant attribuer le Prix Cadet Rousselle des IM&E.

Dans ce temple ouvert aux vibrations intimes, nul doute que ces frôlements infinis du monde avaient toute leur place. Première mise au point du poète : plus qu’un simple recueil, ce livre est avant tout une histoire, la sienne.

En cette édition des IM&E dédiée aux Croyances, Richard Rognet, confirme sa foi dans les mots Les mots, ils sont ma main/mes doigts, leurs empreintes/ils gouvernent l’espace/ils prolongent le temps/ils veillent pour moi/sur les contrées inexplorées/de mes poèmes à venir. A-t-il pour autant une confiance absolue en eux ? Pas sûr. Dans Un parfum de lilas n’évoque-t-il pas « le trop plein de paroles qui trahit l’existence »

Le silence en tout cas lui est cher. Ce mot-là, cette aptitude-là sont très présents dans Les frôlements infinis du monde. Un silence actif, laissant place à l’énergie qui circule, à la méditation. Tel le silence vécu, cultivé volontiers en ce Temple. Un autre thème, cher aux francs-maçons, anime l’écriture du poète : la lumière, présente sous toutes ses formes – le soleil, le feu, les étoiles… Mais là encore tout un univers en nuances se fait jour, en une oscillation permanente entre l’ici et l’au-delà, le microcosme et le macrocosme.

Car les poèmes de Richard Rognet élèvent, tout en s’enracinant dans le réel, des tranches de vie, des choses vues, vécues… tels Souvent je suis passé ou encore Il pleuvait ce jour là…

Entre ombre et lumière, entre souvenirs profonds et inconnu prometteur l’homme suit aussi des chemins incertains dans les sursauts du monde ! Cet autre message du cheminement que nous fait partager le poète ne peut que résonner, lui aussi, dans la quête intérieure qui est celle de tout franc-maçon.

Pour clore un ouvrage chronologique, les trois derniers poèmes échappent au temps. Il y est question du père du poète « Il est mort à 74 ans, j’ai dépassé son âge… », de sa mère « Je ne veux pas dormir sur des larmes / dans l’écrin feutré de la mémoire … » Dans l’ultime poème de cette trilogie finale, intitulé Où donc poser mes pas ? il est alors question de « complicité à l’autre » : …l’inépuisable paix si proche de la joie/de voir venir à ma rencontre/une personne qui ne pleure plus/et qui s’adosse au même mur que moi. Au fond, ne serait-ce pas cela la fraternité ?


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