Manifeste

L’expérience culturelle très vivante du festival des littératures de l’Imaginaire Les Imaginales d’Epinal et, en son sein, des IM&E1, est validée depuis dix neuf ans par de nombreux publics (40000 visiteurs en 2019) et le salon/festival qui voient s’y croiser quelques 150 auteurs. Il est, en France, le premier festival de l’Imaginaire.

Ses thématiques ont été les prémisses à la création un laboratoire de travaux herméneutiques ou Centre international de recherches sur l’Imaginal et les Imaginaires. Ils lui ont offert un terrain favorable dont il porte le rayonnement avec l’ambition de le démultiplier, de l’ouvrir au monde universitaire, comme référence théorique et porte parole, à l’international, dans les milieux savants2. Il a valeur d’agir car il réunissant des spécialistes travaillant ces questions, il assurera la pérennité et le rayonnement d’un référencement savant dans les domaines des socio-anthropologies de l’imaginaire de l’Imaginal, des herméneutiques, voir de diverses spiritualités.

Objet. : à partir d’un travail approfondi et transdisciplinaire sur les concepts d’Imaginal et d’Imaginaire, il doit s’employer à valider théoriquement et culturellement les voies d’une anthropologie symbolique notamment en œuvre « dans toutes les manifestations de la vie sociale où se fait jour la présence active du sacré » (Collège de sociologie). A une pensée réductrice et qui divise, il s’agit

  • d’opposer une pensée qui rassemble ce qui est épars, dans l’ordre d’une approche de transcendance immanente (Céline Bryon Portet), quand se réconcilient les contraires : le réel et la réalité, l’invisible et le visible, le spirituel et le matériel, l’Esprit et le Corps dans l’expérience du sentiment de reliance au monde et à l’autre. Entre intime et social,

  • de cultiver la recherche de la parole perdue telle qu’elle s’est maintenue et se développe chez les défenseurs de la Tradition, du Livre et de l’Image et dans ses réceptions les plus diverses. Les travaux d’Henry Corbin et de Gilbert Durand sur ouvrent en effet sur la notion d’une imagination active et/ou créatrice comme moyen pour renouer avec la dimension transcendante et spirituelle de l’homme et pour retrouver le contact avec notre être le plus Essentiel ainsi que la conscience de la non-séparabilité entre le monde et nous. C’est une méthodologie de la mytho critique3 qui est donc ici convoquée,

  • de développer les travaux les concepts théorisés par les spinaliens Emile Durkheim et Marcel Mauss, par Gaston Bachelard, Henry Corbin, C-G Jung (dont les travaux de Véronique Liard), Gilbert Durand, Jean-Jacques Wunenburger, le M.A.U.S.S. d’Alain Caillé explorant un nouvel imaginaire du politique… Ce travail revêt un grand intérêt dans les situations de tensions sociales et culturelles que nous vivons, en permettant de nouer -ou renouer-des liens avec les sagesses traditionnelles, en ouvrant d’autres pistes de réflexion.

Il constitue une réponse théoriquement armée au fameux -et si pauvre conceptuellement- « choc des civilisations». Il demande à être analysé, étudié, mais est révélateur d’une complémentarité fondamentale entre les cultures européennes et extra européennes, et tous les lieux de travaux sur les cultures syncrétiques et Les Imaginaires du Nouveau Monde. Se proposant d’apporter une réponse de lucidité sur le moment de décision (krisis) que nous vivons, « critique » comme le temps qui a déjà vu notre civilisation passer du volumen de parchemin au codex, du roman au gothique, de l’écriture réservée aux clercs à celle, vulgarisée grâce à la découverte de l’imprimerie et du caractère mobile, ou encore de la naissance de la parole portée au loin par les ondes radiophoniques, puis la TV, et maintenant à la Galaxie Internet, lequel tisse désormais les fils de notre vie4.

Car voici que « la pluralité des temps succède à l’uniformité du Temps » (Mc Luhan) que nous vivons un temps de synthèses et de syncrétisme amplifié par l’accélération des échanges dans la numérisphère quand la conscience historique se renouvelle dans une pensée multidimensionnelle.

Une société déjà transculturelle !

L’épistémologie de l’Imaginaire se situe au carrefour de la multiplicité des cultures, elle concerne et l’étude des « enracinements dynamiques » et constantes des variations culturelles (langues, coutumes, etc.) liés à nos imaginaires. Elle renoue aujourd’hui avec le cœur de notre relation au sacré en valorisant, comme c’est patent aujourd’hui, la référence aux mythes fondateurs, aux archétypes, lesquels se déclinent et s’effectuent dans ce que Gilbert Durand nomme « les structures anthropologiques de l’Imaginaire ». Au service de cette démarche, le concept de « transculturalité » (Bertin 2018) combat ceux qui veulent opposer les cultures dont on voit bien quels intérêts ils servent et dont l’histoire a déjà fait long feu. Se crée donc, sous nos yeux, induit par les réseaux numériques à la fois vecteurs et producteurs et surtout accélérateurs, un régime sociétal placé sous le signe de l’échange de ce qui nous est commun dans un contexte de transmutations constantes. Créatrice et jamais achevée, la société transculturelle est irréversible, elle induit des processus dans lesquels chacun peut échanger de façon non séparée et non exclusive. En émerge une réalité nouvelle en mosaïque, des phénomènes originaux et indépendants, elle interroge notre époque en ses diverses réalisations et assomptions.

Plus profondément, au moment même où l’homme moderne traverse une crise de religiosité, nous pouvons explorer cette région particulière de sociétés passées et actuelles, à l’intersection des mondes sensibles, de l’imaginaire et du spirituel, lieu que Henry Corbin nommait Imaginal, celui d’une rencontre et d’une spiritualisation du monde quand le sacré se manifeste comme une réalité qui modèle comportement humain et qui nous révèle des dimensions religieuses cachées dans le profane. Vaste champ d’étude et de réflexion ! Pour Henry Corbin, en effet, « la fonction du mundus imaginalis et des formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, cette fonction immatérialise les Formes sensibles, d’autre part, elle «imaginalise» les formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal est de fait le lieu où peut s’observer « le caractère indéfini et multiforme des puissances spirituelles » (Marcel Mauss). Ceci, concerne au premier chef, l’actualité du sacré5.

C’est ce qu’a tenté d’explorer le premier colloque international de ce centre à Epinal en 2019, Topologies de l’Imaginal6, sous la présidence du professeur Chao Ying Durand. Un livre en est issu dirigé par Georges Bertin et Lauric Guillaud paru aux éditions du Cosmogone.

Une méthode : le comparatisme appuyé sur les travaux de l’anthropologie de l’Imaginaire, de l’histoire religieuse, des symbolismes, des ésotérismes et gnosticismes, des Grandes Images7, comme les travaux développés par certains courants thérapeutiques, certaines expériences théâtrales ou cinématographiques, arts orientaux, BD, romans, productions videos, etc.), les apports contemporains des disciplines étudiant les ressources de la galaxie Internet.

Outils :

  • un comité d’organisation sous la responsabilité du directeur des Imaginales, Stéphane Wieser et de Jacques Orefice, président des IM&E d’Epinal et de son équipe,

  • des comités scientifiques en lien avec les réseaux universitaires, ils sont liés à la thématique de chaque rencontre. Ainsi en 2020, il travaille sous la direction de Céline Bryon Portet et Georges Bertin. Appuyé sur les équipes des Imaginales et des IM&E, représentatif des enjeux théoriques.

  • des séminaires en présentiel et en ligne, un site internet de diffusion internationale, la publication d’actes et travaux,

  • une revue : Imaginales et Imaginaires, directeur de rédaction, Jacques Orefice, etc.

Partenaires.

L’association des Amis de Gilbert Durand,

Le Centre international de recherches sur l’Imaginaire (CRI2I) que dirigent Jean-Jacques Wunenburger et Corin Braga (Université Babes Bolya en Roumanie)

Les cercles d’études jungiennes,

Nombre de centres de recherches et d’études transculturelles et sur l’Imaginaire (Université d’Heidelberg, biblioteca « Arus » de Barcelone, a «Biblioteca Philosophica Hermetica » d’Amsterdam, Laboratoire des écritures figuratives dirigé par Fatima Gutierrez à l’UAB de Barcelone, Le CENA, Cercle d’Etudes nouvelles d’anthropologie), président Daniel Bordeaux).

Les IM&E d’Epinal.

Le Mouvement anti utilitariste en sciences sociales (M.A.U.S.S. dirigé par Alain Caillé

La société d’émulation des Vosges.

Les éditions du Cosmogone à Lyon, directrice Evelyne Pénisson.


 

1 Imaginales maçonniques et ésotériques.

2 La consultation des annuaires universitaires et réseaux concernés montre qu’aucun centre de recherches sur l’imaginaire et l’imaginal n’existe sous cette appellation. !

3 Bertin Georges et Gutierrez Fatima (dir), Actualité de la mythocritique, revue Esprit Critique, volume 20, 2014.

4 Bertin Georges, La société transculturelle, Edilivres, 2014 et Un imaginaire transculturel, Cosmogone, 2018.

5 Voir Bertin Georges et Bryon-Portet Céline (dir), Le sacré ,désacralisations, actualisations, revue Matières à Penser n° 17, édictions du Cosmogone, Lyon, 2020.

6 Topologies de l’Imaginal, direction scientifique, Georges Bertin et Lauric Guillaud, éditions du Cosmogone 2020.

7 Bertin Georges et Liard Véronique, Les Grandes images lecture de CG Jung, Presses universitaires de Laval, Québec, 1998.

Retour haut de page