Religions en conserve dans la Caraïbe : santeria cubaine et vaudou haïtien

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Joseph Jos

Le thème développé, dans le cadre des Imaginales Maçonniques & Ésotériques, par Joseph Jos, écrivain martiniquais, était organisé en deux parties : dans la première, il a expliqué le contexte historique dans lequel ces religions s’étaient installées en Amérique avec leurs dieux et leurs pratiques, mettant en lumière l’interpénétration de ces religions et de la religion catholique ; la seconde partie était consacrée à la projection de photos de costumes, de temples , de cérémonies, photos magnifiques, parfois violentes, parfois difficilement soutenables , mais tellement expressives.

Le contexte historique est lié à la traite négrière. Les millions d’Africains déracinés et amenés de force de l’autre côté de l’Atlantique ont emporté avec eux ce qui n’était pas visible et donc ne pouvait être interdit ni saisi par les blancs : leurs croyances, leurs religions, leurs dieux, en un mot, leur âme. Ces religions, en opposition avec la religion catholique, toute puissante, ont été interdites par les autorités civiles et religieuses et ces dernières avaient même entrepris d’imposer la leur aux esclaves. Cependant la force de ces religions africaines était telle que, malgré les brimades et les risques, elles ont continué à prospérer dans leur forme originelle. Puis, au fil du temps, elles se sont quelque peu fondues dans la religion qui leur était imposée par les maîtres blancs et, par un syncrétisme étonnant, elles ont donné naissance, sinon à une religion nouvelle, du moins à une pratique religieuse nouvelle qui n’a plus rien à voir avec celles qui peuvent exister actuellement en Afrique.

Utopie des terres d’Amérique ! Elles ont été, pour les migrants du monde entier, le « bon endroit », la terre de félicité ou de bonne espérance que l’on atteint au terme d’un voyage dans le temps et l’espace ; elles furent la terre d’atterrissage de tous ces petits dieux africains embarqués avec leurs zélateurs esclaves sur le bateau négrier. Dieux des panthéons Yoruba, Fon, Gê ou Bantous, prêts, pour échapper à l’oubli, à affronter l’exil et les métamorphoses, les compromissions, les mariages qu’allait leur imposer le régime esclavagiste du maître blanc.

Les religions syncrétiques de ce Nouveau Monde portent la marque de cette double contrainte, celle de l’appropriation du maître et de la désapprobation, de la révolte de l’esclave ; celle aussi de ces camouflages onomastiques auxquels la traque et la répression de la religion catholique allaient les réduire. Religions en conserve, mais religions vivantes, le Vaudou Haïtien et la Santeria Cubaine, comme le « Candomblé » brésilien, ont su mixer les panthéons, les pratiques, les croyances et les cultures de l’Europe et de l’Afrique, à destination des maîtres et des esclaves.

Il convient de souligner la riche diversité de ces religions qui avaient la double mission de perpétuer des rites et des croyances et d’assumer la résistance à l’occidentalisation : religions de résistance, codifiées et complexes, elles organisent maîtres et esclaves en une nouvelle identité – l’identité haïtienne, l’identité cubaine – qui ne s’épargne ni les pratiques ni les avatars de l’ésotérisme : magie noire, « zombis », « revenants », morts-vivants ni même une mystique du sang, vecteur divin, pouvant légitimer jusqu’aux sacrifices d’animaux, mais aussi d’enfants ou d’adultes.

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