Glorification philosophique du corps.

laurence_vanin_300x225Laurence Vanin a cette année encore honoré les Imaginales Maçonniques et Esotériques de sa présence, de son verbe et de sa joie, communicative, à philosopher. Devant « son » public spinalien, elle intervient ce vendredi après-­midi sur la question de la « Glorification philosophique du corps ». Elle brosse un portrait de l’histoire du statut du corps dans la philosophie occidentale, au sujet de laquelle on s’est longtemps imaginé qu’elle était le lieu d’une lutte entre le corps et l’âme. La philosophie platonicienne est effectivement caractérisée par l’opposition du sensible et de l’intelligible et par la critique du corps dans la mesure où il nous pousse à la recherche infinie des plaisirs, donc à l’hybris, emprisonnant l’âme et la détournant du désir de la vérité, c’est-à-dire de la philosophie elle-même.

Mais sait-‐on bien ce qu’est l’âme ? On a tendance à confondre intelligence, raison, âme. La philosophie d’Aristote fait de l’âme le principe de l’animation des corps vivants, elle est donnée au corps vivant, au corps « animé », dès sa naissance. Les arbres ont une âme végétative, qui les fait croître ; les animaux ont une âme locomotive, qui leur permet de se déplacer, de considérer le monde et le reconsidérer à chaque fois qu’ils le voient à nouveau : l’intelligence leur permet de relier les diverses expériences. L’animal a une intelligence. Mais il n’a pas la raison : c’est l’homme, doué de l’âme intellective, qui a la faculté de rationaliser, c’est-à-dire d’établir des proportions entre ce qu’il vit et ce qu’il pense. L’âme n’est pas l’intelligence, qui n’est pas la raison. Après l’Antiquité, le religieux bannit le corps, lieu de vices et de péchés ; il ne donne pas pour autant d’importance à la raison. Mais l’âme, elle, devient un point métaphysique. Avec le développement des sciences pendant la Modernité, on investigue le corps autrement, il cesse d’être une énigme, alors que la vie, elle, en est une. La fragilité du corps invite à en prendre soin : être vivant, c’est d’abord être survivant. Au 18ème siècle, la philosophie sensualiste de Condillac réhabilite la sensation. Il y a un vécu du corps, je suis quelque chose sur lequel le monde s’imprime. Pour la phénoménologie, le corps est le véhicule de mon être au monde.

Cette histoire pourrait ainsi être celle d’un renversement : le corps-­‐pathos, condamné, devient avec la phénoménologie le vécu du corps, condition de la connaissance.
La philosophie, après avoir sauvé le corps, devra-­t-­elle, à l’ère du transhumanisme, sauver l’âme ?

C’est sur cette question renversante elle aussi que Laurence Vanin conclut sa réflexion.

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