Beaux temps sur les utopies.

Charlotte Bousquet et Frédéric Vincent.

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Charlotte Bousquet et Frédéric Vincent

L’utopie est caractérisée par Thomas More et on peut constater la permanence de ce courant au fil des siècles jusqu’à aujourd’hui. Elle est moteur de progrès, de réalisations fécondes, elle fait avancer les hommes vers des futurs qui les ont fait rêver.

Elle est contrebalancée par la dystopie qui se caractérise par la présentation de sociétés imaginaires difficiles ou impossibles à vivre, comme dans le roman de George Orwell, 1984.

C’est en fait un marqueur reconnu, qui souligne une utopie qui tourne très mal !

En Franc-Maçonnerie,  tout commence avec la notion du Temple détruit, et l’idée force du chaos qui s’instaure alors ; la question fondamentale sera pour les maçons d’apprendre à travailler toutes les imperfections,  intérieures et extérieures, et de tailler leurs pierres sans cesse.

Un bel exemple littéraire, véritable boom de l’édition,  d’une très possible cohabitation de l’utopie et de la dystopie est dans Harry Potter où l’on trouve Pudlar, école des jeunes sorciers : en effet, cet établissement accueille gratuitement ses élèves, les disciplines enseignées sont multiples et variées, et cela relève de l’utopie d’éducation, comme Thélème. Mais la dystopie surgit avec la présence d’un professeur, Voldemar qui va s’efforcer de vouer l’entreprise à l’échec des valeurs acquises et tendre vers le chaos !

L’imaginaire est une soupape de sécurité face au totalitarisme, face aux échéances ultimes, comme la finitude.

La question se pose d’une éventuelle dynamique qui pourrait s’installer entre la dualité conjointe de l’utopie et de la dystopie, ainsi face à l’horreur intégrale des camps de la mort, d’hier et d’aujourd’hui,  l’abattement et la résignation est dans la spirale infernale de la dystopie, mais l’on remarque que l’utopie résiste encore, comme un rempart à la démence des autres, ainsi la composition d’un opéra, la mise en scène de pièces de théâtre, comme pour allumer encore le feu qui couve chez les déportés…

Pour conclure, l’idéal est un absolu que l’on atteint jamais, toutefois il nous sert de lanterne et Jacques Viallebesset de nous lire son poème : J’en appelle
S’il est toujours minuit en ce siècle
A la kermesse des étoiles
Le meilleur est encore à venir
Les épiciers du cœur tiennent boutique
Sous le bec des vautours
La chair quitte les os
Ce monde est un vaste charnier
Les hommes cherchent en vain leur ciel
Dans le regard vitreux des autres

Pour que le coq puisse annoncer l’aurore
J’en appelle aux clowns et aux prophètes
Aux bateleurs, aux rêveurs, aux jongleurs
Et au cœur de soleil des forains
Il faut replanter l’arbre  de vie
Dans l’humus des cœurs
Avant que l’océan de la mort
Engloutisse la terre où, êtres sans destin,
Nous errons en quête de notre Orient   

On ne pourra  plus dormir tranquille
Tant que l’on n’aura pas les yeux ouverts
Restent le courage et la lucidité
Pour aimer en dernier recours
Notre  réalité est plus grande que les illusions
Nous savons  que nos  jours sont comptés
Nos colères rouges doivent refleurir
Bien que les coquelicots soient éphémères
Afin de partager le beau pain des forts et des sages

Pour que la sève irrigue nos branches
J’en appelle aux buveurs de lune,
Aux alchimistes du verbe qui allument
Des soleils d’or au cœur de la nuit
Aux conquérants de la Toison d’or,
Aux guetteurs de l’invisible et de l’indicible
Aux chercheurs de Graal et aux fils du vent
Aux cracheurs de mots de feu
Et aux professeurs d’espérance  

S’il est encore minuit dans ce siècle  
A la kermesse des étoiles
Le meilleur est toujours à venir
J’en appelle à vous Nobles Voyageurs
Qui traversez  l’espace et le temps
Moi, qui suis un arbre en marche
Dont les racines sont dans le ciel
Je  m’en remets à vous Merlin et Mélusine
Et vous, mes semblables, que la poésie vous  garde…

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