Attouchements, Signes de Reconnaissance et Technique du Corps

frederic_vincent_300x225Frédéric Vincent, psychanalyste, docteur en sociologie, intervient ce dimanche après-midi sur le thème de la gestuelle : « Attouchements, Signes de Reconnaissance et Techniques du Corps : une Retribalisation du Monde ». Frédéric Vincent, avec Jean-Luc Maxence, viennent de recevoir à 14 heures le Prix Cadet Roussel des Imaginales Maçonniques et Esotériques, pour le livre qu’ils ont co-écrit, Imaginaire et psychanalyse des légendes maçonniques. Très présent pendant ces Imaginales Maçonniques et Esotériques 2016 où il est intervenu chaque jour – à Epinal, la ville même où sont nés deux penseurs déterminants pour son propre travail : Emile Durkheim et Marcel Mauss – , Frédéric Vincent, avec la clarté qui le caractérise, explique au public captivé comment le corps est capable d’éduquer l’esprit.

Marcel Mauss, ethnologue et sociologue français, a forgé le concept de « techniques du corps » pour nommer l’ensemble des gestes contrôlés et éduqués dont l’efficacité est pratique ou symbolique. Les moines par exemple marchent plus lentement que les cadres dynamiques d’une banque. Les manières rituelles de marcher sont en rupture avec la marche profane. En franc-maçonnerie aussi, une technique conscientisée, outre son usage symbolique, a une efficacité pratique : la marche contrôlée, réglée, apprend à faire preuve de patience et de tempérance, elle enseigne la maîtrise des passions. Aristote nous rappelle que la tempérance n’est précisément pas l’éradication des passions, mais leur modération.

Ainsi, la découverte du relativisme des techniques du corps, lesquelles varient et peuvent même être extrêmement opposées d’une culture à l’autre, a ouvert un nouveau champ d’étude, dont l’objet est les gestes de survie (uriner, marcher, dormir, se laver, etc.). Les techniques sur corps d’une culture particulière peuvent être transmises à une autre culture particulière, comme on l’a vu quand le cinéma américain a influencé les démarches corporelles des jeunes filles françaises.

Toutes nos activités techniques contemporaines sont le prolongement de notre corps, même quand nous utilisons un outil. L’ « incorporation » de l’outil prolonge les possibilités du corps. Par exemple, on peut intégrer la dynamique d’un clavier quand on utilise l’outil-ordinateur. D’abord, il faut répéter le geste que l’on n’a pas encore appris, puis on fait comme corps avec l’objet, on a incorporé la dynamique de l’objet. Une série de gestes peuvent alors être effectués sans effort, avec économie de moyen, c’est-à-dire efficacement. Une technique du corps devient efficace dès qu’on n’a plus besoin de s’adapter, dès qu’apparaît un automatisme. De la même façon, le Franc-maçon incorpore des outils qui prolongent les possibilités de son corps. Certaines positions rituelles de son corps le contraignent à prendre l’habitude du don à autrui, ou de la rectitude et de la droiture, par exemple.

Il y a bien un rapport entre la manière de codifier le corps et la visée éthique de ces techniques du corps. Ce rapport existe aussi par exemple dans les arts martiaux, ou dans le cadre d’une psychanalyse, puisque la relation entre le thérapeute et le patient passe par le transfert, qui est une relation entre deux inconscients, et qui ne s’établit pas seulement par la parole, mais aussi par le corps : dans la manière qu’a le patient de dire bonjour à l’analysant, beaucoup de choses se passent. L’éducation du corps vise à dépasser les peurs et les névroses : il faut apprendre par exemple à regarder l’autre en face pour lui dire bonjour. Le code, la technique du corps, crée du lien entre deux êtres humains.

Ainsi, la franc-maçonnerie n’esquive pas cette question de l’éducation de l’esprit par le corps.

Frédéric Vincent, avec la manière et le style qui lui auront été propres pendant toute la durée de ces Imaginales Maçonniques et Esotériques, conclut son travail et son discours en pratiquant, devant le public étonné, un éclairant salut caractéristique des codifications ou techniques du corps de la boxe thaïlandaise. A bon entendeur, salut !

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