Marcher : éloge des chemins de la lenteur

Qu’on ne s’y trompe pas, la marche est une voie royale vers les cinq sens, si tant est que nous possédons cinq sens. C’est le retour à un flamboiement des sens, à la sensation d’exister tant la société du « tout-automobile » nous amenuise. La marche est encore une forme de résistance, une réponse au transhumanisme qui émerge, une objection au mépris, à la haine du corps « où rien ne doit dépasser », une réponse à une pseudo-immortalité. Et puis au détour d’un chemin creux, d’un sentier, le marcheur peut aussi jouir de la fraîcheur d’une baignade, de la tactilité de l’eau, de la présence d’une senteur connue ou inconnue en fonction des saisons, d’un univers où le silence réjouit l’ouïe, bref, de l’ouverture au monde.

La marche est donc bien une possible maîtrise du monde, la glorification de la sensorialité et de la vie, une alternative à la sédentarité rampante, le retour au corps, au goût de l’effort, entendez cependant l’effort à la mesure de chacun d’entre nous…. La règle est souvent d’ailleurs pour les amoureux de la balade de s’attendre, de partage et, de retrouver une sociabilité différente.

Désormais les sentiers sont bien fréquentés, le matériel a progressé, le marché de la randonnée a explosé tout comme la fréquentation des sentiers de Compostelle… l’extension sociologique de la marche en somme. Les marcheurs prennent dorénavant leur temps et non plus l’inverse. Ils sont les maîtres d’œuvre de leur agenda… même si parfois on a la crainte d’être pris par le temps de la nuit !

Retour au corps, au temps, à la sociabilité, à son identité, être soi très simplement… la marche est dorénavant une manière heureuse de disparaître à travers l’anonymat des sentiers. Sans oublier une dimension profondément démocratique car on est dans une éthique élémentaire, dans une sociabilité vraie, dans un retour à la civilité. On pourrait presque parler d’une contre-culture, d’une guérison, qui pourrait soigner et apaiser quelques maux de notre monde et de notre civilisation et permettre aux plus meurtris de renaître. Une forme de métamorphose intérieure pour aller au devant de l’autre qui est devant nous ou derrière nous.

Pierrick BALAUD

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