Le corps marchant

Isabelle AUBERT, enseignante agrégée de philosophie, et Thierry RECEVEUR, professeur agrégé de philosophie en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles de Strasbourg, ont, cet après-midi, invité leur auditoire à marcher…

En opposition aux idées couramment admises en Occident que, telle la sculpture « Le Penseur » de Rodin, pour penser, l’homme doit s’isoler, suspendre toute action, dominer son corps, ils s’appuient sur une autre sculpture, « L’homme qui marche » de Giacometti, pour nous exposer la philosophie du corps pensant.

Leur modèle : Ulysse. Leur guide : Nietzsche.

Embarqué pendant dix ans, Ulysse, ce voyageur emblématique, subit nombre de transformations au cours de son périple, nécessaires adaptations à son environnement. Et c’est dans le passage d’une identité à l’autre, donc dans la non-identité à lui-même, qu’il est lui-même.

Tout être humain naît, grandit, vieillit : il se transforme. Le corps vivant est un corps en devenir.
La pensée véritable, contrairement aux convictions, est elle-même en devenir.

Il existe des légendes qui racontent que le corps de Saints décapités est parti à la recherche de la tête tombée: ce sont les Céphalophores, les porteurs de tête. Ils entreprennent un double voyage, d’abord pour retrouver leur tête, ensuite pour revenir sur le lieu du martyr. C’est seulement là que leur corps peut mourir. Il se trouve que les céphalophores sont tous des Saints très intellectuels. L’Eglise pourrait ainsi dire qu’il ne faut pas oublier le corps, que l’origine de la foi, c’est le coeur, lequel siège dans le corps, et non la raison.

Toute philosophie n’est peut-être aussi qu’une philosophie du corps. Selon Nietzsche, dans « Le Voyageur et son ombre , « seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur ».
Le philosophe est un voyageur dont le voyage n’a pas d’autre but que lui-même, c’est un voyage qui ne doit pas prendre fin.

Publié dans Informations